Observatoire des marchés
Le marché du bois
et du granulé
Synthèse France et Europe 2024-2026 et projections 2027. Scieries, granulés, papier-carton, panneaux, isolants fibre bois — la filière bois recomposée en quelques chiffres clés.
Mai 2026 — document professionnel BEA, mis à jour à chaque parution trimestrielle CEEB / Propellet.
En bref
Tableau de bord 2025-2026
Huit indicateurs clés à retenir avant la lecture détaillée. Prix moyens nationaux, tendances annuelles et niveau de vigilance par segment.
Granulé vrac France
370 €/t
+ 4,1 % / an
Q4 2025 — Propellet
Granulé sac France
≈ 460 €/t
Stable haut
Q4 2025
Consommation FR
2,3 Mt
+ 8 % / an
2025 — capacité 2,7 Mt
Granulé Allemagne
≈ 400 €/t
+ 33 % / an
Pénurie conversions papeteries
Sapin/épicéa Choix 0
369 €/m³
+ 54 % / an
T2 2025 — CEEB
Sciures résineuses sèches
57,7 €/t
+ 8,6 % / an
Matière première granulé
Bois sur pied (moyenne)
90 €/m³
+ 7 % / an
2024 — Société Forestière
Défaillances entreprises FR
69 957
+ 3,1 % / an
Record historique 2025
Granulés — France et Europe
Une nouvelle phase
de croissance
Le marché européen des granulés de bois a basculé en 2025 dans une nouvelle phase de croissance après deux années de consolidation. Le retour de la confiance des ménages, la baisse du prix du gaz devenue moins concurrentielle face au granulé et le renforcement des aides à la transition énergétique soutiennent la demande.
En France, le prix moyen du vrac s'établit à 370 €/tonne au quatrième trimestre 2025, en hausse de 4,1 % sur un an. Le sac demeure plus élevé à environ 460 €/tonne. La consommation française atteint 2,3 millions de tonnes en 2025 (+ 8 % sur un an), avec une capacité de production nationale qui dépasse désormais 2,7 millions de tonnes.
En Europe, l'Allemagne reste le premier consommateur mais son marché est tendu : le prix moyen y est passé de 300 €/t début 2024 à environ 400 €/t fin 2025 (+ 33 %), dans un contexte de pénurie ponctuelle liée à la conversion de papeteries en granulations. L'Italie, premier marché européen du granulé sac, voit son prix stagner autour de 420 €/t. L'Autriche et l'Allemagne du Sud réduisent leurs exports vers la France au profit de leur marché domestique.
Projection 2026-2027
Propellet anticipe une stabilisation autour de 370-400 €/tonne pour le vrac et 460-490 €/tonne pour le sac, sous réserve de stabilité géopolitique et énergétique. Le marché reste structurellement tendu compte tenu de la concurrence sur la matière première sciure.
Produits connexes scieries
La tension monte
sur les sciures
Les connexes — sciures, plaquettes, écorces, chutes — représentent une part croissante du résultat économique des scieries. Leur valorisation auprès des papetiers, panneautiers, granulateurs et chaudières biomasse constitue désormais un poste de revenu équivalent au prix du sciage de second choix. Granulateurs, panneautiers et papetiers se livrent à une concurrence directe pour la sciure, particulièrement aigüe en hiver.
| Produit | Prix T2 2025 | Évolution | Débouché |
|---|---|---|---|
| Sciures résineuses sèches | 57,7 €/t | + 8,6 % | Granulés |
| Plaquettes forestières | 59,9 €/t | + 3,6 % | Papeterie / panneaux |
| Chutes broyées | 61,8 €/t | + 13,4 % | Panneaux particules |
| Broyats classe A (palettes) | 73,2 €/t | + 7,4 % | OSB / particules |
| Écorces broyées séchées | 42 €/t | + 2 % | Chaudières biomasse |
Dimensionnement filières françaises
Les usages du bois,
en proportion
Cinq grandes filières se partagent la ressource française. Le sciage résineux reste prépondérant en volume, mais les granulés affichent la croissance la plus forte parmi les usages industriels.
| Filière | Volume FR / an | Croissance 2025 | Acteurs phares |
|---|---|---|---|
| Sciage résineux | 7,5 Mm³ | + 2 % | Piveteau, Fruytier, Farges |
| Papier-carton | 6,5 Mt | stable | Norske Skog, VPK |
| Panneaux dérivés | 3,5 Mt | + 4 % | Egger, Swiss Krono, Unilin |
| Granulés | 2,3 Mt | + 8 % | Farges, Archimbaud |
| Isolants fibre bois | 0,2 Mt | + 10 % | Steico, Isonat, Pavatex |
Recomposition européenne
Faillites, acquisitions
et consolidation
La hiérarchie européenne du sciage résineux a basculé en 2024. Binderholz (AT) devient le premier producteur européen avec 4,5 millions de mètres cubes sur 15 scieries dans cinq pays, doublant Stora Enso. Pfeifer Group revendique 5,4 millions de mètres cubes sur 13 sites mais peine à intégrer la scierie finlandaise Pölkky rachetée en 2023.
L'événement marquant 2024-2025 reste l'insolvabilité du groupe Ziegler (Allemagne, 3 200 salariés) déposée le 20 novembre 2024 — la plus grosse défaillance de l'industrie européenne du bois depuis 2009, avec un passif d'1 milliard d'euros. Depuis, l'ensemble des banques européennes qui financent la filière a renforcé son niveau d'exigence sur les reportings financiers des opérateurs.
Côté papier-carton, la conversion historique se poursuit : Norske Skog Golbey (88) achève sa transformation vers le papier emballage (PPO) pour 320 M€ d'investissement et 550 kt de capacité ; VPK Alizay (27) opère depuis 2023 sur 450 kt PPO également. Sept sites français de papier graphique ont cessé tout ou partie de leur production en 2024-2025.
Sur les isolants biosourcés, Kingspan a racheté Steico (Casteljaloux 47) en janvier 2024 pour 500 M€, marquant la consolidation européenne du segment fibre de bois. Le marché croît de 8 à 12 % par an, porté par la rénovation thermique et la RE2020.
Scieries françaises
Quatre grands bassins
industriels
La filière sciage française rassemble près de 1 500 entreprises et 50 000 salariés directs pour un chiffre d'affaires consolidé proche de 5 milliards d'euros. Les essences résineuses dominent largement — épicéa, sapin pectiné, douglas et pin maritime représentent ensemble plus de 70 % des volumes sciés annuellement.
Quatre grands bassins de production structurent désormais la France industrielle du sciage. Le Grand Est-Bourgogne s'organise autour du Morvan et des Vosges sur le couple douglas-sapin-épicéa, avec la mise en service de Fruytier à La Roche-en-Brenil (≈ 500 000 m³ de grumes transformés par an). Le Massif Central (Corrèze, Plateau de Millevaches) monte en puissance autour du douglas avec Farges à Egletons (150 000 m³ sciés, 160 000 t de pellets, 255 salariés) et Panneaux de Corrèze à Ussel.
Le Sud-Ouest landais reste le pôle industriel le plus intégré d'Europe sur le pin maritime, avec Egger, Steico, Smurfit Westrock et Gascogne Bois. L'Ouest, longtemps sous-représenté dans les analyses, dispose désormais d'un acteur structurant avec Piveteaubois à Essarts-en-Bocage en Vendée, leader français du bois lamellé-croisé.
Cartographie régionale — acteurs industriels de premier plan
| Région | Essences dominantes | Acteurs industriels | Spécialité |
|---|---|---|---|
| Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie) | Pin maritime, pin sylvestre, peuplier, chêne, hêtre | Piveteaubois (85), VPK Alizay (27) | Construction bois (CLT, ossature), papier PPO |
| Nord-Est (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté) | Douglas (Morvan), sapin, épicéa, chêne, hêtre | Norske Skog Golbey (88), Pavatex (88), Egger Rambervillers (88), Siat-Braun (67), Fruytier Bourgogne (21) | Papier emballage, isolants, panneaux, sciage Douglas Morvan |
| Rhône-Alpes | Douglas, épicéa, sapin, hêtre | Isonat Mably (42), Monnet-Sève (01), Ducerf (71) | 1ère région française en emplois bois — sciage + isolation |
| Centre France / Massif Central (Auvergne, Limousin) | Douglas (Millevaches, Livradois-Forez), sapin pectiné, chêne, châtaignier | Farges (19), Panneaux de Corrèze (19, Unilin) | Bassin Douglas majeur — 1er producteur FR granulés et MDF |
| Sud-Ouest (Nouvelle-Aquitaine hors Limousin) | Pin maritime massif landais, peuplier vallées, douglas | Egger Rion-des-Landes (40), Steico Casteljaloux (47), Smurfit Westrock Tartas (40), Gascogne Bois (40) | Pôle pin maritime le plus intégré d'Europe — palette + granulés |
| Centre-Loire (Centre-Val de Loire) | Chêne (Sologne, Tronçais), douglas, châtaignier | Swiss Krono Sully (45) | Seul site OSB français + tonnellerie chêne |
Synthèse non exhaustive — ne sont retenus que les acteurs industriels comparables aux papetiers (> 500 kt/an), panneautiers (> 300 kt/an de bois) ou grosses scieries (> 150 000 m³/an). Les PME régionales et scieries familiales, qui constituent le maillage essentiel de la filière, ne figurent pas individuellement.
Prix de la matière première
Du bois sur pied
aux sciages
Selon l'Indicateur des Ventes de Bois sur Pied 2024 (Société Forestière), le prix moyen du bois vendu sur pied par les propriétaires forestiers privés s'établit à 90 €/m³, en hausse de 7 % sur un an. Cette progression masque toutefois de forts contrastes par essence.
Bois sur pied — campagne 2024
| Essence | Prix 2024 | Évolution | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Résineux courants (sapin, épicéa, pin) | 64 €/m³ | + 14 % | Tension forte, fin de la ressource scolytée allemande |
| Douglas | 89 €/m³ | + 24 % | Référence européenne — maturité plantations Massif Central / Morvan |
| Chêne | 228 €/m³ | - 3 % | Ralentissement exports Chine, pression tonnellerie |
| Moyenne toutes essences | 90 €/m³ | + 7 % | Indicateur Société Forestière — propriétaires privés |
Côté sciages, le Centre d'Études Économiques du Bois (CEEB) confirme au deuxième trimestre 2025 la stabilisation à un niveau élevé après la décrue 2023-2024. La hausse spectaculaire du sapin-épicéa Choix 0 (+ 54 %) traduit la raréfaction des gros bois résineux de qualité supérieure.
Sciages résineux — T2 2025
| Catégorie | Prix T2 2025 | Évolution / an | Tendance |
|---|---|---|---|
| Sapin / épicéa — Choix 0 | 369 €/m³ | + 54 % | Forte hausse |
| Sapin / épicéa — Choix 2 | 232 €/m³ | + 12 % | Hausse modérée |
| Douglas — Choix 2 | 288 €/m³ | - 11 % | Repli |
| Bois de palette (indice base 100 = 2010) | Indice 212 | + 14,6 % | Hausse forte |
| Bois de charpente standard | 305 €/m³ | + 8 % | Hausse |
Marché allemand et conséquences pour la France
L'Allemagne demeure le premier marché européen du sciage résineux. Les prix allemands ont retrouvé en 2025 leur niveau de fin 2022 après une baisse de près de 30 % en 2023. La résorption progressive des bois scolytés (50-55 €/m³ en 2024, attendus à 60-65 €/m³ en 2026) allège la pression sur les prix résineux français et rééquilibre les flux européens. Les marges des scieries françaises devraient se stabiliser, voire progresser légèrement, en 2026.
Panneaux dérivés du bois
OSB, particules, MDF
— stabilisation en 2025
Le marché européen des panneaux dérivés se stabilise en 2025 après une année 2024 difficile marquée par le ralentissement de la construction allemande et française. La Fédération Européenne des Panneaux (EPF) chiffre la production OSB européenne à 7,1 millions de mètres cubes en 2025 (+ 5 % sur un an), et les panneaux de particules à 31,3 millions de mètres cubes (+ 1,5 %).
La France compte plusieurs sites industriels majeurs. Swiss Krono à Sully-sur-Loire (45) est le seul site français d'OSB avec une capacité de 500 000 m³/an. Egger opère deux sites : Rambervillers (88, panneaux de particules, 700 000 t de bois consommées par an) et Rion-des-Landes (40, particules pin maritime, 600 000 t de bois). Panneaux de Corrèze à Ussel (19) est devenu le premier producteur français de MDF avec 200 000 m³ produits annuellement à partir de 300 000 t de bois, dont 60 % des MDF vendus en France.
Le site d'Ussel illustre la dynamique de relocalisation industrielle française. Repris en 2015 par trois anciens salariés à la barre du tribunal, vendu au groupe belge Unilin en 2021, l'usine a vu sa part de marché doubler en dix ans (de 30 % à 60 % du MDF français) et investit 27 M€ dans une nouvelle chaudière biomasse et un séchoir.
Isolants fibre et laine de bois
Un segment biosourcé
en croissance soutenue
Les isolants biosourcés en fibre et laine de bois représentent 11 % du marché global des isolants biosourcés en France, soit environ 4 % du marché total des isolants. La filière connaît une croissance soutenue portée par la rénovation thermique, la RE2020 et la réorientation des donneurs d'ordre publics vers les matériaux biosourcés.
Les principaux acteurs industriels français et limitrophes :
- Isonat à Mably (42, groupe Saint-Gobain) — 42 000 t/an, 80 salariés directs et 250 emplois indirects, CA 20 M€. Site unique en France produisant laine et panneaux semi-rigides.
- Steico à Casteljaloux (47, Kingspan) — 250 000 m³/an. Acquisition Kingspan pour 500 M€ en janvier 2024, marquant la consolidation européenne.
- Pavatex à Golbey (88, groupe Soprema) — panneaux fibre de bois rigides pour isolation extérieure et construction bois.
- Gutex à Eschbach (Allemagne, à proximité de l'Alsace) — 140 salariés, capacité équivalente à 1 million de m³ de bois consommé par an. Site stratégique pour le marché Est de la France.
La consommation française d'isolants fibre et laine de bois mobilise environ 200 000 tonnes de connexes résineux par an, soit une fraction croissante de la valorisation des sciures de scieries. Les perspectives 2026-2027 demeurent favorables avec une croissance attendue de 8 à 12 % par an, sous réserve de stabilisation du marché de la rénovation et du maintien de MaPrimeRénov'.
Marché espagnol
Une économie qui tire
la demande bois
Croissance PIB
+ 3,5 %
2025 — devant France (+ 0,9 %) et Allemagne (- 0,2 %)
Permis de construire
128 000
2024 — + 18,3 % / an, objectif 150 000 en 2026
Granulés ES
720 kt
Production 2025 — vrac 370-380 €/t (AVEBIOM)
L'Espagne s'impose en 2025 comme un moteur économique majeur de la zone euro. Ce dynamisme se traduit par une tension forte sur le marché du logement (déficit annuel estimé à 100 000 unités, prix de l'immobilier + 10,7 % en 2024) et une demande croissante de matériaux de construction, dont le bois.
L'Espagne reste une zone de débouché stratégique pour la France à plusieurs titres : Panneaux de Corrèze exporte vers Barcelone avec un avantage logistique réel, et plusieurs scieries du Sud-Ouest commercialisent en Espagne par voie routière via les autoroutes A63 (Bayonne-Irun) et A64 (Toulouse-Pyrénées), principaux corridors transfrontaliers du Sud-Ouest. Les prix granulés sont proches des références françaises, autour de 370-380 €/t en vrac.
Crise économique 2025
Record historique
de défaillances
L'année 2025 a marqué un record historique de défaillances d'entreprises en France avec 69 957 procédures collectives ouvertes (+ 3,1 % sur un an), selon les greffes commerciaux. La filière bois n'échappe pas à cette tendance, particulièrement dans la deuxième transformation (charpentiers, menuisiers, fabricants de meubles) et dans le négoce de matériaux.
Le secteur du bâtiment, premier débouché du sciage français, a reculé de 2 % en valeur en 2025. La construction neuve résidentielle a touché un point bas historique avec 245 000 logements commencés contre une moyenne décennale de 380 000. La FFB anticipe néanmoins un retournement progressif à partir du second semestre 2026 avec + 1,8 % attendus en 2026, soutenu par la baisse des taux d'intérêt et la relance des programmes d'investissement public.
Effets observés sur la filière :
- Repli des commandes de bois de charpente et de menuiserie sur la première moitié 2026
- Concentration accélérée du tissu de scieries familiales
- Tension sur les délais de paiement, allongement structurel à 70-80 jours dans le sciage
- Repositionnement des industriels sur les segments granulés et panneaux, moins exposés au cycle bâtiment
Sources et méthodologie
Cet observatoire est compilé à partir des publications de référence de la filière, recoupées avec les données opérationnelles de BEA (cotations, commandes, factures transport). Mis à jour à chaque parution trimestrielle CEEB et Propellet.
- CEEB (Centre d'Études Économiques du Bois) — prix sciages et connexes
- FNB (Fédération Nationale du Bois) — données filière sciage
- COPACEL — Confédération Française de l'Industrie des Papiers, Cartons et Celluloses
- CEPI — Confederation of European Paper Industries
- EPF — European Panel Federation
- Propellet France — observatoire granulés
- EUWID — prix bois et sciages européens
- France Bois Forêt et Société Forestière — ventes bois sur pied
- FFB — prévisions construction
- Banque d'Espagne et AVEBIOM — données espagnoles
Document de synthèse établi en mai 2026. Les projections présentées s'appuient sur les meilleures données disponibles à la date de publication et restent soumises aux aléas conjoncturels. Pour échanger sur un segment précis ou recevoir une note dédiée, contactez-nous.